L'immatériel de cognition

 La révolution des TIC à partir des années 1980 se traduit pour tous les acteurs économiques par un abaissement des coûts de communication et de coordination grâce aux nouveaux systèmes d’information interconnectés et à une industrialisation massive des processus de traitement de données.

C’est fondamentalement la révolution numérique qui a permis, d’une part, la dématérialisation des flux financiers et, d’autre part, la fragmentation de la chaîne de valeur aboutissant dans les années 1990 à ce que Richard Baldwin désigne par le mot « unbundling », c’est-à-dire le découplage de la production et des marchés. Cela signifie que le marché étant mondial, la production devait le devenir en prenant en compte les ressources disponibles localement, les coûts de main-d’œuvre, le coût des achats, le coût du transport et le coût du stockage avec pour conséquence à l’échelle globale, de nouvelles spécialisations des territoires.

Une manière de dire que la globalisation de la finance et de l’économie ainsi que le développement de l’économie de l’immatériel sont indissociables de la révolution technologique, souligne Pascal MORAND.

Pascal MORAND, directeur général de l’ESCP Europe, a présidé le groupe de travail international sur la mondialisation qui a rendu ses conclusions en 2007 dans le rapport intitulé Mondialisation, Changeons de posture (La documentation française, avril 2007).

Dans cette ère nouvelle, les notions d’accès et d’usage se substituent à la notion de propriété. Les marchés cèdent la place aux réseaux, les biens aux services, les vendeurs aux prestataires de services, les acheteurs aux utilisateurs. Bon nombre de transactions sont automatisés grâce à des objets connectés qui entretiennent le lien entre le vendeur et l’utilisateur.

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Dans ce contexte, les actifs immatériels sont devenus stratégiques, car ils sont à la base de l’avantage concurrentiel des entreprises « dans l’économie du savoir ».

Une étude du Sessi, montre que près de la moitié des entreprises enquêtées ont une stratégie explicite de valorisation des composantes immatérielles de leur activité : la communication (notamment publicitaire), l’innovation, la R&D et la protection de la propriété intellectuelle (marques et brevets).

Ces éléments immatériels, et d’autres encore de caractère plus « tacite » comme la localisation, l’environnement, la réputation, les réseaux de relation, le climat social, « la confiance » des partenaires, deviennent un élément d’actif important des entreprises, et que la comptabilité et la finance qualifient du terme de goodwill. Le goodwill correspond à un excédent de la valeur d’une entreprise par rapport aux éléments constituant son actif net. Il s’agit, autrement dit, d’une estimation de la valeur d’une entreprise sur la base de l’anticipation de ses gains escomptés à partir des avantages incorporels dont elle dispose et qui ne sont pas comptabilisés dans le bilan. L’évaluation du goodwill est devenue un enjeu important, notamment dans les situations de cession ou d’acquisition d’entreprises dont l’avantage concurrentiel repose particulièrement sur ces éléments incorporels.